Le père La morale
Le premier ministre de Sarkozy a d’abord voulu persuader les maires qu’ils étaient eux aussi responsables de la dette et qu’il n’y avait pas d’autre alternative que de réduire la dépense. « Il faudra, dit-il, économiser 100 milliards d’euros d’ici 2016. » Evidemment, on pourrait citer les propos (à lire ici) de Patrick Artus, chef économiste de Natixis (pas un dangereux gauchiste, donc !) : « Si on harmonisait complètement les deux formes de taxation, y compris sur les plus-values en capital, les recettes fiscales seraient accrues de plus de 60 milliards d’euros par an. » Et c’est sans compter les niches fiscales diverses.
Au lieu de ça, F. Fillon a fait une leçon de morale : « Je vous propose d’élever le débat au niveau moral. » Il nous impute un péché collectif, il faudrait donc que nous nous infligions une pénitence. Et le péché, c’est la dette : « Se désendetter, c’est protéger nos enfants du plus cruel des maux, celui de payer une faute que leurs parents ont commise. »
La réalité des chiffres
Aussi bien le président UMP de l’AMF qu’André Laignel, secrétaire général PS, ou les autres orateurs, tous ont souligné la réalité des chiffres qui donne une vision tout à fait différente. Si les déficits se sont creusés, c’est d’abord en raison des cadeaux fiscaux consentis aux plus aisés : l’Etat ayant abandonné des recettes sans contrepartie réelle s’est trouvé dans l’incapacité d’assumer ses responsabilités. Ainsi la suppression de la taxe professionnelle a eu deux conséquences : perte de plusieurs milliards de recettes annuelles, et cadeau aux entreprises, sans investissements productifs ni embauche. La défiscalisation des heures supplémentaires coûte presque 5 milliards par an et provoque des destructions d’emplois et fait remonter le chômage.
Dotations de l’Etat aux collectivités : les faits
Les dotations de l’Etat aux collectivités ne sont pas un cadeau, mais le juste reversement d’une part des impôts nationaux en contrepartie du rôle que jouent les collectivités dans l’action publique. D’ailleurs, les collectivités assurent un peu plus de 20% de la dépense totale, et surtout, plus de 70% de l’investissement public ! Pourtant, le gouvernement de Sarkozy a décidé le gel en volume des dotations de l’Etat aux collectivités, ce qui correspond évidemment à une baisse pour certaines d’entre elles.
Les collectivités sont-elles dépensières ? Un rapport de G. Carrez, député-maire UMP du Perreux, montre clairement que les dépenses des collectivités sont stables depuis 15 ans par rapport au PIB. Quant à la dette, il faut d’abord rappeler que les collectivités sont soumises à une règle bien plus dure que la règle d’or brandie par le président : pas d’emprunt si ce n’est pour investir ! Et en volume, on peut comparer les sommes : plus de 1 600 milliards pour l’Etat, moins de 160 pour l’ensemble des collectivités. A voir ici
Mal placé pour donner des leçons
François Fillon l’a dit lui-même : « L’Etat est mal placé pour s’ériger en juge. » Il n’avait pas non plus besoin de lancer cette provocation inutile. « L’Etat s’endette pour financer les dotations de fonctionnement aux collectivités. » Oui, la droite creuse la dette, c’est vous qui payez la note.
La droite creuse la dette c’est vous qui payez... par PartiSocialiste