Trouver un emploi
Régulièrement, vous entendez et vous lisez des chiffres alarmants : plus de 20% des jeunes Français seraient au chômage ! Et, comme toujours, la comparaison se fait avec l’Allemagne... Une fois de plus, c’est une manipulation statistique, commune chez les communicants de Sarkozy. Ce chiffre renvoie aux jeunes classés dans la population active, c’est-à-dire sortis du système éducatif. Évidemment, ce chiffre même corrigé, est terrifiant et il montre bien la difficulté des jeunes à trouver un travail, surtout s’ils sortent trop tôt et sans qualification de l’école. Mais quand Sarkozy évoque cette situation, il devrait – s’il avait un sou de décence – regarder comment les politiques qu’il a imposées ont aggravé la situation : heures supplémentaires détaxées pour ceux qui ont déjà un emploi, recul de l’âge de la retraite qui oblige les papy-boomers à rester au travail et prive les jeunes générations d’emplois de remplacement sans parler de l’immigration choisie, expression qui devrait tous nous faire rougir de honte puisqu’elle réduit les hommes au prix de leur force de travail. Voir plus de détails ici.
Quant à ceux qui ont franchi les écrémages successifs de notre système éducatif, trop élitiste, ils sont à peine mieux lotis. Quand on a 20 ou 21 ans, la change d’obtenir d’emblée un CDI est quasi nulle : ballottés entre stages, chômage, EMT (évaluation en milieu de travail !), CDD, missions d’intérim, ils sont la chair à canon de la flexibilité du marché du travail, les plus exposés à la précarité. Bien sûr, il y a des différences, les plus lourdement frappés sont les moins qualifiés, ou les jeunes issus des zones défavorisées (banlieues ou campagnes écartées). Ajoutez à cela des difficultés de mobilité : transports publics inexistants, accès au permis de conduire, coût d’achat et de revient de la voiture nécessaire...
L’autonomie grâce au logement ?
Au cinéma, Tanguy a fait rire ou sourire. Dans la réalité, Tanguy n’est pas agrégé, s’il a de la chance, il a décroché un CDD au salaire de base, qui ne lui permet pas de quitter le domicile parental et de construire son autonomie d’adulte. Si le job est loin du domicile parental, la seule solution sera la colocation, avec des « potes » soumis aux mêmes contraintes. On se gaussait des « kommounalki » soviétiques, ces appartements collectifs où s’entassaient des familles sans autre lien que la nécessité de se loger. Voilà que chez nous, le capitalisme financier, avec la rente servie aux heureux propriétaires (gavés au Robien et au Scellier) réinvente l’appartement collectif ! Avec une cruauté inconsciente, les plus de cinquante ans prélèvent en loyers encaissés une part importante des maigres revenus des plus jeunes. Dans l’Enfer de Dante, Ugolin en vient à dévorer ses enfants pour sa propre survie : on y est presque !

Ugolin dévorant ses enfants, Groupe relié en plâtre Paris, © RMN (Musée d’Orsay) / Hervé Lewandowski
Une génération perdue ?
Le Bureau International du Travail (BIT) voyait poindre le risque d’une génération perdue, constituée de jeunes gens qui sont totalement détachés du marché du travail et ont perdu tout espoir de pouvoir travailler pour gagner décemment leur vie. Les effets de la crise auront des conséquences à long terme sur la carrière de ces jeunes qui ont eu la malchance de faire leurs premiers pas sur le marché du travail au plus fort de la crise. C’est ce que l’on appelle « l’effet cicatrice ». Plus le chômage dure, plus cela tire le salaire à l’embauche à la baisse. Un retard qu’il est ensuite très compliqué de rattraper.
Des choix politiques clivants : droite ou gauche, c’est pas pareil
Pas la peine d’attendre des réponses de Sarkozy et de ses communicants : obsédés par la baisse du coût du travail qui permet la maximisation des profits, appliqués à démanteler notre système éducatif, ils ont déjà fait les choix qui condamnent toute espérance à notre jeunesse. Permettre aux jeunes d’accéder à l’emploi doit être une priorité absolue. Un jeune sans emploi, c’est un jeune sans espoir ! Cela suppose un effort considérable dans l’affectation des ressources publiques qui sont rares, qui le seraient moins sans les cadeaux fiscaux de ces dernières années. En supprimant les exonérations sur les heures supplémentaires, on récupère à peu près 4 milliards (par an !), ceci pour donner un exemple. Sous des formes à peine différente, les candidats de la gauche ont inscrit cette priorité dans leur projet.
Ils entreront dans la carrière quand leurs aînés...
La position des seniors est aujourd’hui la plus favorable : ils ont bénéficié des « progrès » des Trente Glorieuses, ils ont des retraites souvent correctes (on connaît les exceptions), ils détiennent la majeure partie du patrimoine, et en plus ils sont en bonne santé et envisagent de vieillir longtemps. Tant mieux. N’oublions pas non plus que dès leur jeunesse, ils ont tenu les leviers du changement social ! Même si cela fâche le président Sarkozy, l’esprit 68 a transformé durablement notre société. La jeunesse de l’époque portait l’innovation et se trouvait en mesure de l’imposer à la génération précédente. Écartés de la vie économique, marginalisés par la toute puissance des plus anciens, les jeunes ne peuvent pas participer au changement social. Trop d’entre eux d’ailleurs se laissent endormir dans le sirop de la consommation facile. Quant à ceux qui tentent de lever la chape de plomb, affirmant leur « indignation » ou faisant bouillonner la marmite de leurs idées iconoclastes, ils ont bien de la peine à se faire entendre. Il faudra pourtant que les vieux laissent la place, car on n’a jamais gagné la guerre avec les anciens combattants.